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Une brève histoire des mots croisés, de New York à Paris

De la grille en losange d'Arthur Wynne en 1913 à la « mosaïque mystérieuse » du Dimanche-Illustré en 1924, puis aux grilles de Tristan Bernard et Georges Perec.

Par la rédaction de Mots Malins · publié le 02/11/2026 · 6 min de lecture

Les mots croisés ont à peine plus d'un siècle. Nés dans un supplément dominical new-yorkais, ils ont conquis les journaux du monde entier en une dizaine d'années, avant de devenir en France un genre littéraire à part entière, avec ses grandes signatures et ses définitions restées célèbres.

1913 : un losange dans le New York World

Le 21 décembre 1913, le supplément dominical du quotidien New York World publie un jeu inédit, conçu par le journaliste Arthur Wynne : une grille en forme de losange, aux cases numérotées, accompagnée d'une liste de définitions. Il l'intitule « Word-Cross ». Le nom s'inverse quelques semaines plus tard pour devenir « Cross-Word », et le jeu revient chaque semaine. Les grilles de Wynne n'ont pas encore de cases noires symétriques ni de définitions astucieuses : ce sont des listes de mots qui se croisent, mais le principe est posé.

1924 : la folie américaine

Pendant dix ans, le jeu reste une curiosité du World. Tout change en 1924, quand une jeune maison d'édition new-yorkaise, Simon & Schuster, publie un recueil de grilles vendu avec un crayon. Le succès est immédiat, les journaux américains puis britanniques s'équipent à leur tour, et les mots croisés deviennent un phénomène de société.

9 novembre 1924 : la « mosaïque mystérieuse »

La France suit presque aussitôt. La première grille française paraît le 9 novembre 1924 dans le Dimanche-Illustré, le supplément dominical du quotidien Excelsior, sous le titre de « mosaïque mystérieuse ». Le centenaire a été célébré en novembre 2024, notamment par un timbre de La Poste. Les quotidiens et hebdomadaires créent rapidement leur rubrique, et le mot « mots croisés » s'installe dans la langue.

L'école française : l'esprit avant le dictionnaire

Là où la grille anglo-saxonne privilégie des définitions directes, les auteurs français prennent goût au jeu de mots, à l'allusion et au double sens. L'écrivain et humoriste Tristan Bernard compte parmi les premiers à donner au genre ses lettres de noblesse ; son admirateur Max Favalelli, qui signera des grilles pendant des décennies dans la presse et à la télévision, revendiquait cet héritage dans un entretien de 1957 conservé par l'INA.

Viennent ensuite les grandes signatures de la seconde moitié du siècle, parmi lesquelles Robert Scipion et Michel Laclos, dont les définitions alambiquées font la joie des amateurs les plus aguerris. L'écrivain Georges Perec, passionné de contraintes littéraires, publie à partir de 1976 une grille hebdomadaire dans Le Point ; un recueil de ses grilles paraît en 1979.

Du papier à l'écran

Les mots croisés n'ont jamais quitté la presse, mais ils se jouent désormais aussi sur téléphone, dans les applications des journaux et sur une multitude de sites. Les jeux de lettres du jour, où l'on devine un mot en quelques essais, ont amené au jeu une nouvelle génération depuis le début des années 2020. Le principe reste celui d'Arthur Wynne : des mots qui se croisent, et le plaisir de voir une case vide se remplir.

Sources

  • ActuaLitté, « Les cruciverbistes deviendront timbres », sur la première grille française et le timbre du centenaire : actualitte.com.
  • Encyclopædia Universalis, article « Mots croisés » : universalis.fr.
  • Institut national de l'audiovisuel, Max Favalelli à propos de Tristan Bernard (1957) : ina.fr.
  • Bibliothèque nationale de France, bibliographie de Georges Perec (2022) : bnf.fr.

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